Episode 1 : Les déboires de Pélagie

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Après une bonne bière bien mousseuse, une soirée entre copines et une nuit plutôt agitée, Pélagie est repartie pour sa librairie avec la ferme intention de tenir sa place et de ne laisser quiconque lui marcher sur les pieds. « Ce n’est pas parce que je n’ai pas un look de bombasse que je dois me farcir les sarcasmes d’une Dorothée, aussi canon soit-elle » pense la jeune femme en enfilant son manteau acheté d’occas sur le bon coin. Après avoir salué ses collègues et sa chère patronne, Pélagie se met au travail avec un entrain qui l’étonne elle-même. « Tant pis s’il faut passer par une phase ennuyeuse de rangement pour obtenir le droit de cité, je vais leur montrer que je suis tout à fait capable moi-aussi de devenir une bonne libraire ». Les heures passent, les clients aussi, et rien de désagréable ne survient au cours de la journée. Pélagie est plutôt satisfaite de son travail et sort rejoindre son amie Elise avec l’envie de préparer un bon dîner, histoire de changer des pizzas et plats à réchauffer dont elle est coutumière.

Première étape, faire quelques courses dans les commerces du coin afin de remplir le frigo de produits appétissants. « Hum, voyons, que pourrais-je bien cuisiner ce soir ? » se demande Pélagie en passant devant l’épicerie de son quartier. « Pas de viande pour Elise, qui se dit végétarienne bien qu’elle mange du poisson et des œufs. Pas d’huile de palme parce que ce n’est quand même pas terrible pour la planète, et si possible des légumes qui n’ont pas fait le tour de France avant d’arriver ici ».  Ce sera donc un gratin de chou fleur et de pommes de terre pour le menu du soir, avec bien sûr une bouteille de bon vin pour trinquer à cette nouvelle vie qui commence.  Pélagie a fait ses achats, et se prépare à rentrer chez elle quand elle se trouve nez-à-nez avec un jeune garçon qui fait du skate sur le trottoir et n’a guère d’attention pour elle, ni pour les autres piétons d’ailleurs. Il passe tout près d’elle à vive allure, la bouscule involontairement et poursuit son chemin sans prendre la peine de se retourner.

 

La pauvre Pélagie en perd l’équilibre et se retrouve les quatre fers en l’air, avec son chou fleur qui se fait la malle, ses pommes de terre qui le poursuivent et le reste du panier étalé lamentablement sur le trottoir. Ouf ! la bouteille de vin est entière ! C’est déjà ça… « Moi qui voulais faire rêver les gens, je suis vernie » se lamente t-elle en se relevant péniblement. « J’en ai fait rire certains, c’est une maigre consolation… » Et comme un malheur n’arrive jamais seul, la pluie se met à tomber avec force, transformant la coiffure de Pélagie en une sorte de serpillère dégoulinante qu’elle ne peut pas cacher sous une capuche, puisqu’elle n’en a pas…  Venant d’une Bretonne, c’est plutôt une erreur d’ailleurs. Bref, la soirée ne commence pas sous les meilleurs hospices et le gratin n’est pas encore dans le four !

 

Pélagie se ressaisit et repart la tête haute vers son logis, après avoir récupéré ses légumes avec l’aide de quelques passants compatissants.  Arrivée devant la porte de son immeuble, elle pose les sacs à terre pour prendre sa clé, ne la trouve pas et sonne en espérant qu’Elise sera là pour lui ouvrir. « S’il te plaît Elise, ouvre ! » Une fois, deux fois, trois fois, il faut bien se rendre à l’évidence, l’oiseau n’est pas dans son nid et la clé reste introuvable. « Mais qu’est-ce que j’ai fait au Bon Dieu ? » se demande la jeune femme, trempée jusqu’à la moelle et déjà un peu désespérée.

 

Heureusement, un voisin passant par là lui ouvre la porte gentiment, navré de la voir dans cet état. « D’où venez-vous pour être trempée comme ça ? » lui demande t-il. « Oh ce serait trop compliqué à vous expliquer » souffle t-elle avec un maigre sourire avant d’entrer dans son appartement, de se dévêtir et de se précipiter dans la salle de bains pour se réchauffer sous une douche bien chaude.  Lavée, séchée et changée, Pélagie retrouve de l’énergie pour se mettre aux fourneaux, malgré une envie croissante de s’allonger sur son lit et de se laisser entraîner vers un sommeil réparateur.  « Foi de Bretonne, je ne vais pas me laisser abattre par cette mésaventure ! » lance t-elle à l’attention de son chat qui la regarde d’un œil interrogateur. « J’ai dit que je ferai un gratin, je vais donc faire un gratin ! »

 

2 commentaires

  • +1 pour l’huile de palme! (et je viens de griller mon anonymat, ZUT)

  • C’est drôle, c’est joliment écrit 😉 Mais on aimerait qu »il se passe plus de choses dans cet épisode!

Commentaires