Episode 1 : Arrête de pleurer Pélagie !

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Pélagie se réveille en sursaut avec le sentiment confus d’avoir fait une bêtise.

Allongée sur le dos, se forçant à garder les yeux fermés, elle fouille dans les méandres ensommeillés de son cerveau pour retrouver l’origine de cette pensée inquiétante. Mais l’idée s’effiloche et disparaît bientôt, remplacée par la douce torpeur du réveil.

 

8h20. Dans 2 minutes, il faut que je me lève. Ses pensées vagabondent quelques instants sans lien les unes avec les autres… La tasse bleue qu’elle a cassée hier soir et qui va manquer pour le petit-dej, le nouveau copain d’Elise qui semble plutôt sympa, cette fois, bizarrement… la blague de Clément au sujet du client imbuvable qu’elle a dû servir… hi hi… la veste hors de prix qu’elle a vu dans la vitrine du…

Pélagie se redresse brusquement et étouffe un grognement d’effroi. Mais comment a-t-elle pu oublier CA ! Le souvenir cuisant de sa gaffe mémorable de la veille lui revient en un instant ! Arggggggh.

 

Dans la cuisine, Elise éclate de rire devant son air déconfit.

« Ben fais pas cette tête ! C’est pas la fin du monde. C’est le métier qui rentre, voilà tout… »

« Mais comment j’ai pu dire CA ??! »

« Ah non, tu vas pas recommencer comme hier soir ! On tourne la page, et tu repars. Tête haute. Regard hautain et ….. mouais, c’est presque ça. Allez je file ! Je t’appelle à midi pour savoir comment ça s’passe. »

Elise lui dépose un baiser sur le haut du crâne et virevolte jusqu’à la porte d’entrée qu’elle claque d’un geste théâtral. « Pour la voisine du dessous » articule-t-elle avec un sourire carnassier avant de disparaître. Le bruit de ses talons qui tambourinent avec application dans le couloir arrache un maigre sourire à Pélagie.

 

9h00… Pélagie franchit les portes de la librairie la gorge sèche, les mains crispées sur son sac, en regardant droit devant elle… Avec un peu de chance, son entrée passera inaperçue.

Hélas…

« Mais c’est Pélagie ! » crie Dorothée dans un gloussement perçant alors qu’elle essaye de se faufiler discrètement jusqu’à la remise.  « Ou Miss Sensualité, devrais-je dire » poursuit-elle avec jubilation.

 

« Ah Lééééo. Tu tombes bien ! » Pélagie ferme les yeux horrifiée et se met à déchiqueter compulsivement la couverture du premier livre qui lui tombe sous la main. « Dommage que tu n’aies pas été là hier soir, tu en as raté une énorme !! »

Si elle lui fait un plaquage au sol par derrière, peut-être qu’elle réussira à l’arrêter à temps ?!

 

« Le client de l’après-midi, tu sais celui qui passe toujours à 16h15 exactement, avec son costume noir en velours. Et qui a au moins 100 ans. Il lui a demandé d’aller chercher un exemplaire de Risibles amours [de Milan Kundera, soit-dit en passant] et cette petite crétine s’est précipitée au rayon Harlequin en clamant qu’elle aussi elle A-DO-RAIT vraiment cette collection ! »

Dorothée s’étouffe de rire. « Qui eut cru que se cachait une âme si romanesque sous ce petit air de sainte-nitouche ! Allez Pélagie, avoue-nous tout. Ton préféré, c’est plutôt Secrets délices ou La brûlure des sens ? » Triple argggggggh.

 

Le visage cramoisi, Pélagie hésite entre s’enfuir à toutes jambes ou lui balancer dans la tête toute une pile de Dictionnaires amoureux des faits divers qu’elle triture depuis maintenant 2 minutes et 53 secondes exactement, quand elle sent quelqu’un lui prendre doucement le bras.

 

« Laisse donc ce livre qui ne t’a rien fait et suis-moi au rayon jeunesse, jeune fille, j’ai besoin d’aide pour ranger les derniers arrivages. » Le pas chancelant, Pélagie suit Soëzic avec reconnaissance, et se laisse tomber dans les canapés salvateurs.

« Je voulais juste me montrer agréable » murmure-t-elle accablée.

 

Soëzic l’enveloppe de son regard pétillant. « On a tous une histoire comme ça dans notre besace. » rit-elle doucement. « Si tu es sage, un jour je te raconterai comment Dorothée a failli se faire renvoyer de la librairie par une Christine Doulac en rogne comme on ne l’avait jamais vue ! »

Pélagie lève la tête avec espoir et se sent un peu rassérénée.

 

« Quant à Léo, ajoute-t-elle, ne t’en fais pas à cause de lui. Son grand-père est un ancien ponte de la Mafia sicilienne, qui vient tout juste de sortir de prison. Je ne pense pas que ce soit quelqu’un de bien fréquentable pour toi. »

« Ah bon ?! Mais comment… qu’est-ce.. »

La tête de Clément apparaît soudain derrière la cloison : « Ca va Pélagie ? T’inquiètes-pas, elle va te faire enrager pendant quelques semaines et puis elle passera à autre chose… Elle est comme ça notre Dorothée. Et pour Léo, il paraît que c’est un fils caché de Brigitte Lahaie, alors je serais toi, je ne m’en ferais pas trop. Il en a vu d’autres. »

Pélagie lève sur lui un regard éberlué : « Mais Soëzic vient de me dire que… »

 

« Ah mince, tu m’as doublé… » Soïzic et Clément se regardent en pouffant de rire devant son air offusqué.

« Comme on ne sait rien de lui, on s’amuse à lui inventer des vies différentes tous les jours. » explique Clément avec bonne humeur. « Ca va te plaire, tu verras. »

 

Bon, le plus dur est passé, pense Pélagie en se remettant au travail. Elle évitera soigneusement de se retrouver en face de Léo pendant quelques temps, et voilà tout. Les choses vont se tasser, on oubliera peu à peu cette histoire et… « Aïe ! » grogne une voix claire avec aigreur alors qu’elle écrase un orteil qui se trouve malencontreusement sur son chemin. « Tu ne peux pas faire attention, espèce de…. »

Pélagie dévisage l’inconnue avant d’écarquiller les yeux : « Mélanie ?!!! »

 

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