Episode 1 : Go Johnny go go !

Cela fait maintenant 3 semaines que Pélagie a commencé son travail à la librairie. Quand sa mère l’interroge au téléphone : « Ça se passe bien le boulot ? » Pélagie se contente d’esquiver le sujet pour ne pas l’inquiéter, mais en réalité, c’est la déception. Dernière arrivée dans l’équipe, Pélagie est abonnée au sale boulot. Le genre de boulot qui se rapproche plus du « magasinier » ou du « manutentionnaire » que du poste de libraire « cool et branché». Allons bon, « ça ne durera pas » espère jours après jours Pélagie…

 

Dans l’appartement de Pélagie et Elise : 23H

 

Extinction des feux. Réveil 7h. 8h de sommeil en prévision. « Parfait ! » se réjouit Pélagie, « une bonne nuit avant d’attaquer cette nouvelle semaine et demain tout ira mieux ».

 

« … Deep down in Louisiana close to New-Orleans… Go Johnny go go… ». La musique résonne dans tout l’appartement. Totalement dans les vapes, Pelagie fixe son réveil : 2h13. « Mais merde ! Encore un coup d’Elise à coup sûr ! J’espère que les voisins apprécient Chuck Berry ». Espérer se rendormir avec ce raffut, c’est perdu d’avance. Pélagie, vêtue de sa nuisette milieu de gamme, un brin court, décide de sortir de sa chambre pour informer Elise et sa bande d’énergumènes qu’elle dormait plutôt bien, avant qu’un concert et une foule en délire ne viennent perturber ses rêves.

 

« Elise, tu as vu l’heure ?? Je bosse demain moi ! » Pélagie ne peut s’empêcher cependant de sourire tant la scène est cocasse. Elise n’a même pas remarqué sa présence tant elle se démène à danser le rock avec une autre fille… « Sacrée Elise ! » Un type danse lui aussi mais tout seul, en pleine transe, sans tenir compte du couple, une bière à la main, un bonnet vissé sur la tête et un Duffle-coat, qu’il n’a pas pris le temps d’enlever, sur les épaules.

 

Le dernier de la troupe, confortablement assis au fond du sofa, roule un joint en remuant la tête sur la musique, jetant de brefs coups d’œil amusés vers ses amis … Et maintenant, de façon plus attentive, à la blonde timide qui se tient debout dans le salon. Elle tire sur le bas de sa nuisette avec ses mains, ce qui a pour effet, certes, de couvrir de 2 cm de plus ses jambes, mais surtout de plaquer le tissu sur ses seins.

 

« Hey salut ! On ne t’a pas réveillée avec la musique ? » dit l’herboriste avec malice. « C’est cool ici, sympa les plantes partout dans le salon. »
Pélagie s’apprête à répliquer qu’il pourra venir arroser les plantes demain s’il les aime tant mais que dans l’immédiat, elle n’a pas prévue de… de… de quoi au juste ?

 

Voir tout le monde de si bonne humeur, savourer cette situation légèrement interdite l’a faite hésiter : « Je mets tout le monde dehors ? Aller me recoucher, ne pas réussir à me rendormir, passer pour une rabat-joie et être quand même dans les choux demain ? Jamais de la vie ! Il est déjà trop tard pour faire marche arrière non ? Allez feu ! Une cuite improvisée ne m’empêchera pas de déballer des cartons demain ! »
Pélagie n’aura pas mis longtemps pour choisir l’option numéro deux…

 

Le lendemain, Ecrire en série, 9h10.

 

« Pélagie tu es en retard, j’ai noté que tu me dois 10 minutes » Lâche Doulac sans lever les yeux de son PC.
« Et le bonjour c’est optionnel connasse ? » rêve de sortir Pélagie.
– « Bonjour Christine, excusez moi pour…
– Madame Doulac, coupe la vieille pie, pincée par cet affront. « Salope », pense Pélagie tout bas.

– Tiens bonjour ! s’exclame Dorothée avec un faux air enjoué, la dévisageant de haut en bas.

– Salut Dorothée.
– Sympa ton tee-shirt « Non à l’aéroport », ça va bien avec tes collants verts. Bon ça fait plus militant écolo que libraire mais t’inquiètes pas je comprends, c’est horriblement cher de s’habiller à Paris ».

 

Pélagie lui dirait bien de bouffer sa fausse moumoute de renard qu’elle garde autour du coup mais se ravise en lui esquissant un sourire. « Salope toi aussi » pense-t-elle une nouvelle fois.
– « Je reprends l’inventaire des séries noires que j’ai commencé hier soir MADAME Doulac ? Pélagie prenant bien le soin d’accentuer le madame Doulac.
– Oui Parfait. »

 

Ecrire en série : 16h30

 

Pélagie, accusant le coup de sa cuite dominicale, sort de sa torpeur lorsqu’elle entend un client chantonner « Johnny Be Good » de Chuck Berry. Jolie blouson en cuir, petit chapeau noir, pantalon en velours noir et chaussé de derbies Repetto. Beau cul en prime. Pélagie n’a pas pu encore scanner son visage mais le résultat global n’a pas l’air si mal. Elle décide d’aller lui parler.

 

– « Bonjour Monsieur, vous aimez Chuck Berry ? Il y a une belle biographie de lui qui vient de sortir aux éditions Ellipse si jamais cela vous intéresse.
– Hahaha non merci ! je l’ai dans la tête car mes voisins ont décidés de la passer en boucle hier dans la nuit, dit-il, encore de dos par rapport à Pélagie.
– Oups. Désolée, bredouille Pélagie. A peine ces deux mots prononcés, Pelagie se dit qu’elle va avoir besoin de rames pour sortir de ce bourbier. Ca ne loupe pas.

 

– Je vous demande pardon ? s’étonne le client. Il se retourne alors et fait face à Pélagie, occupée à regarder le bout de ses chaussures tête baissée.
– Heu non, enfin si. Je suis désolée pour vous, rougit-elle. Moi aussi je me fais souvent réveiller par mes voisins et même par ma colocataire. Elle ose un regard. « Merde c’est lui !!! »
– Et bien on est deux. Peut-être habitons nous le même quartier ?
« Mais il se démonte jamais lui ! »
– Impossible ! J’habite près de Barbes. C’est le bordel tous les soirs, heu enfin le bazar. « Ne surtout pas lui dire que j’habite en dessous ou au dessus de lui. », se maudit Pélagie.
– Hahaha qui vous dit que je ne vis pas à Barbes ?
– Heu…
– Haha laissez je vous embête. Allez, montrez-moi ce livre de Chuck Berry finalement… »

 

Ecrire en série : 19h au moment de la fermeture

 

Clément et Pélagie sont les derniers à quitter la librairie. Il engage la conversation :
– « Dis donc tu es bien la première personne qui tient une conversation avec Léo. Vous aviez l’air de vous marrer en plus. Alors, raconte ?
– Pffff il me met mal à l’aise ce mec. Tu le connais bien ?
– Boaf, c’est un rital qui vient souvent me parler de ses bouquins. Tu sais bien, il fait jaser tout le monde à la boutique. Christine pense qu’il est pédé. Surement l’effet chapeau… Je te jure, quelle conne ! Dorothée je pense se le taperait bien aussi, en même temps il a une belle geule, le salop…
– Si je te dis que j’ai fait un tapage nocturne au-dessus de sa tête hier. Il ne sait pas que c’est moi d’ailleurs. Qu’est-ce que je lui sors comme histoire tout à l’heure quand je vais le croiser dans les escaliers !?
– Invite-le à boire un verre ?
– Tu es fou je suis une gamine à côté de lui, je ne pense pas que la garderie l’intéresse ! s’emporte Pélagie.
– A toi de voir, je file. Il m’a laissé son numéro pour toi. Tiens, me dit-il en me tendant le billet avec un clin d’œil.

 

Pélagie se retrouve seule devant la librairie, perdue dans ses pensées lorsque son téléphone sonne. C’est Elise. Elle l’attend au Pub. Visiblement il y a du debrief sur la soirée d’hier ! Elle aussi a du debrief à faire soit dit en passant car déjà les idées trottent dans sa tête : « Ce mec n’est pas clair… En même temps je serais curieuse de percer le mystère sur lui… Pff rien à foutre de ses avances… En même temps, un appel qu’est-ce que ça coûte ? »

 

A SUIVRE…

 

Lire l’épisode 2 : « La nuit porte conseil »

 

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