Episode 2 – Un rencard inattendu

1 Star (6 vote(s)) Loading...

 

Pourquoi était-elle si prude ? Parfois elle aurait aimé ressembler un peu plus à Elise.

Enfin, pas sur tous les aspects… Aujourd’hui encore, Pélagie se retrouvait dans le salon face à un de ses cendriers improvisés, remplis de mégots. Cette fois-ci, c’était un ramequin.

« Je sais maintenant ce que je vais lui offrir pour son anniversaire, héhé ! » Pélagie souriait malgré elle en se rappelant d’autres trouvailles. Elise avait encore oublié de descendre les bouteilles de vin vides.

 

Elle avait beaucoup de succès auprès des garçons. Il fallait avouer qu’elle était bien gaulée et qu’elle avait du chien. Las! Si ses amants la voyaient au petit matin, en pyjama Mickey Mouse, avec cette marque rougeâtre sur la commissure des lèvres, cette forte odeur de tabac, complètement décoiffée, et les yeux tirés… Heureusement pour eux, seule Pélagie avait droit à cette vision. De toute façon, Elise n’avait surtout pas envie de se caser en ce moment. Elle se préférait indépendante.

 

Ce n’est pourtant qu’un coup de fil… Pélagie hésite à lui demander conseil. C’est dimanche, Elise dort encore. Comment entamer la conversation avec un parfait inconnu?

Et si elle remplaçait le coup de fil par un SMS ? L’avantage c’est qu’elle pourra mieux réfléchir à ce qu’elle va dire plutôt que se confronter aux aléas du direct. D’autre part, s’il lui a filé son numéro de téléphone, c’est parce qu’il a un certain intérêt pour elle. Quoiqu’il ne lui a pas directement donné son numéro de téléphone, mais à Clément… Est-ce qu’au fond de lui, il est aussi un peu timide ?

 

Pélagie en est à ces pensées lorsque quelqu’un frappe très fort à la porte. La sonnette est en panne depuis plusieurs jours ; depuis qu’un des potes d’Elise s’est amusé à faire des mélodies avec. Pélagie regarde à travers le judas. A sa grande surprise, c’est lui, le client charmant !

Son cœur bat la chamade soudainement. Zut ! Elle ne peut pas faire genre qu’il n’y a personne à la maison. Il a sans doute entendu le bruit de ses pas vers la porte. Quelle gnouque! Que dire ?

 

– Bonjour ! Il y a quelqu’un ? C’est votre voisin du dessus, j’ai besoin de passer un appel urgent. J’ai oublié mes clés et mon portable dans mon appartement et j’ai claqué la porte. Il n’y a personne dans l’immeuble.

Même en panique et déformé par le judas de la porte, il est canon.

– Oui, je vous ouvre tout de suite, attendez un instant, je m’habille rapidement.

Elle est pourtant déjà habillée. Elle a horreur de l’état du salon. Certes, il a connu pire, pourtant ça aurait été bien qu’il ait appelé une demi-heure plus tard, le temps d’aérer un peu, d’avoir descendu ces bouteilles de l’enfer. « Maman a raison lorsqu’elle dit que c’est la première impression qui compte » pense-t-elle.

 

– S’il vous plaît, c’est urgent ! Laissez-moi entrer !

Pélagie revient rapidement à l’entrée et ouvre la porte.

– Merci bien ! J’ai oublié quelque chose sur la gazinière… et… ben ! Je vous connais !

– Et oui, je suis votre voisine du dessous.

– Non, vous n’êtes pas que ma voisine, je vous connais…

« Il ne m’a pas reconnu. Ca fait quelques jours qu’il est venu à la librairie, mais quand même… Oh, tant mieux ! » Elle lui tend son portable.

– Je vous remercie ! … Dominique ? Tu es sur Paris ? J’ai eu un pépin, il me faut absolument ton double de clés…

 

Il se passe nerveusement la main dans les cheveux. Il est très sexy dans son survêtement. Un peu en dessous de la quarantaine, les cheveux poivre-sel, grand nez, larges épaules, petit bidou. Il ne doit faire du sport que le dimanche maintenant, mais tout laisse à penser qu’il a été un grand sportif dans le passé.

Il lui rend le portable. Il est bouleversé. Pélagie lui offre un verre d’eau.

– Encore merci !

– Ce n’est rien. – Avec un grand sourire.

– Maintenant ça me revient ! Vous êtes la jolie nouvelle vendeuse de la librairie. C’est donc vous la fan de Chuck Berry ?

– Ce n’est pas moi, mais Elise, ma colocataire.

– Je kiffe grave.

– Ma colocataire ?

– Haha ! Non, je voulais dire Chuck Berry. Je n’ai pas le plaisir de connaître votre Elise.

 » Que je suis bête… »

– Elle fait la grass’ mat’, ne faisons pas trop de bruit.

 

– T’inquiètes, Pélagie, je suis déjà réveillée. – Elise sort de sa chambre.

– Bonjour, vous êtes ?

– Votre voisin du dessus. Léo, enchanté ! Votre amie vient de me faire une grande faveur. J’ai claqué la porte derrière moi, en oubliant mes clés.

– Je vous comprends, ça m’est déjà arrivé. D’où l’avantage d’avoir un double de ses clés !

– Tout à fait.

 

Pélagie est contente que sa colocataire soit là, elle ne se débrouille pas très bien dans l’art de parler de tout et de rien. Elle a beaucoup à apprendre d’Elise.

Son portable sonne, c’est un numéro inconnu.

– C’est Dominique qui doit déjà être en bas !

Avant de descendre le chercher, Léo dit à Pélagie :

– J’avais donné mon numéro de téléphone à votre collègue, il n’a pas oublié, j’espère ?

– Non, il me l’a donné…

Elle ne peut s’empêcher de rougir, et se maudit. Elle ne se rend pas compte que cela la rend encore plus séduisante aux yeux de Léo.

– Est-ce que ça vous dit si je vous propose un café plus tard dans la journée ?

– Avec plaisir.

1 commentaire

  • Mais alors Dominique, c’est un garçon ou une fille ???? Le suspens est intenable ! Qui est-il/elle par rapport à Léo ?!?! Son ex sur qui il peut toujours compter…. ?!?! Oh mon Dieu, dans quoi s’embarque Pélagie….

Commentaires