Episode 3 : Champagne !

Vendredi 13 avril. C’est un grand jour pour la libraire, c’est le jour du lancement de ce nouveau roman La plume des rêves. Un premier roman, quelle aubaine ! Et cet auteur Olé Lessac tellement talentueux mais encore inconnu. Une perle rare que Madame Doulac compte bien exploiter pour faire parler de Livres en série dans tout Paris et, qui sait, peut-être même dans toute la France.

8h00 Madame Doulac se réveille… Elle regarde à droite puis à gauche et voit toutes ces piles de livres qu’elle doit encore ranger avant l’ouverture. Et oui, elle a dormi sur son bureau, à la librairie.

 

Note de l’auteur : C’est toujours moins bizarre pour Madame Doulac que de se réveiller chez Pélagie ou au O’Sullivan. Vous devez sûrement le savoir, les lieux disponibles sont limités…

 

Elle s’en veut terriblement de n’avoir pas eu la force de rentrer chez elle hier soir. (Même si, comme vous le savez, elle n’avait pas vraiment le choix). Son dos lui rappelle que ce n’est plus de son âge de dormir comme ça, affalée sur son bureau. Elle ne va pas être en forme pour cette journée pourtant si exceptionnelle. Elle sort du dernier tiroir de son bureau un chemisier propre de secours qu’elle gardait là en cas de coup dur. Elle l’enfile et, à sa grande surprise, il lui va bien malgré les années passées.

Elle est en train de se laver les dents aux toilettes lorsque la porte derrière elle, s’ouvre.

« François ! Mais qu’est-ce que tu fais là, de si bonne heure ? Mais enfin François ! Mais qu’est-ce que…

Sans mot dire, il la regarde, s’approche, la prend dans ses bras, et l’embrasse langoureusement.

« Madame Doulac, vous m’avez manqué cette nuit… »

Elle rougit, il l’embrasse à nouveau en la tirant cette fois au milieu de la librairie.

 

Dorothée encore en manteau, son sac à main au creux du coude, bouche bée, admire le tableau et fait demi-tour sur place.

Toute gênée, de dos, elle bredouille :

« Excusez-moi, je voulais arriver en avance pour vous aider à ranger, j’avoue que…

– Oui, oui, merci Dorothée, vous êtes un amour. Allez prendre un café en face, je vous rejoins, dit Madame Doulac de sa voix aigüe et nasillarde un peu étranglée par l’émotion.

Dorothée, émoustillée, pense en elle-même : « Oh la scène! Et moi, « un amour  » ? J’ai de quoi parler pendant plusieurs semaines…. »

François, la tête rentrée dans sa chemise à carreaux, fait signe à sa douce qu’il se dirige vers son bureau. « Hm hm, en ce qui me concerne, j’ai une tonne de factures à analyser aujourd’hui.

– Oui, oui très bien François, on continuera cette conversation ce soir. »

 

Pélagie débarque comme une fleur, elle aussi est enthousiasmée par cette journée qui s’annonce hors-norme, un vendredi 13 en plus ! Elle a hâte de faire connaissance avec ce nouvel auteur dont elle ne connait que le titre de sa première œuvre. Elle a lu la quatrième de couverture qui lui a parlé tout de suite. Autant de douceur et d’imagination fantastique pour parler de la rencontre entre un écrivain et sa muse, l’histoire d’une inspiration personnifiée. Pélagie est curieuse de voir qui se cache derrière cette tendre plume.

Elle tombe sur Madame Doulac qui, contrairement à d’habitude, ne lui fait aucune remarque sur son heure d’arrivée. Bizarre.

« Ca va, Madame Doulac ?

– Oui, oui bonjour Pélagie. Elles sont interrompues par un grand « Bonjour Mesdames ».

– Léo ! s’exclame Pélagie surprise.

– Monsieur Lessac.  Veuillez ignorer la vulgarité de cette jeune vendeuse. Madame Doulac lance un regard assassin à Pélagie et accueille Léo les bras grands ouverts. Merci pour l’honneur que vous nous faites d’avoir choisi notre librairie ! Quelle délice ce premier roman ! Lorsque je l’ai lu je n’ai pas pu m’en décrocher avant de l’avoir fini !

Pélagie n’en croit pas ses oreilles. « Léo ? Le fameux auteur inconnu sponsorisé par Madame Doulac ? Comment cela est-il possible ?»

 

« Tout l’honneur est pour moi. » répond-il à Madame Doulac. Il se tourne vers Pélagie et lui fait un signe de la tête en lui demandant « Comment ça va à Barbès ? »

Pélagie : « Vous ? Olé Lessac ?

– J’utilise un pseudonyme, pas mal trouvé, non ? Qu’est-ce que vous en pensez ?

– Effectivement, Olé est très original, mais quand on pense à Léo, on comprend mieux.

– Vous êtes bien là de bonne heure. Ne me dites pas que vous êtes à la librairie même quand vous ne travaillez pas. Alors, c’est ça la réponse à ma question ? Librairie forever ?

Pélagie rougit en regardant ses pieds. Dorothée apparaît sur le pas de la porte avec trois cafés sur un plateau.

-Merci bien, Dorothée, est-ce que vous voulez bien nous en apporter deux autres ?»

Dorothée pose les cafés sur la table préparée pour les dédicaces et repart en marmonnant « Un amour, un amour… tu parles. »

 

La journée s’est très bien passée. La matinée a été assez calme. À la pause déjeuner on a vu défiler les clients habituels et beaucoup de curieux attirés par cette animation inhabituelle dans le quartier. Sidonie, la cliente exubérante qu’on n’avait pas vue depuis un moment, est venue avec ses quatre neveux qui ne sont pas précisément des garçons calmes. On a cru à une tempête dans la librairie ! Heureusement Clément et Soïzic étaient là pour les canaliser. Madame Doulac a fini le stock de café du bistrot d’en face. Et Léo, quant à lui, avec son regard profond et son sourire charmeur a fait un tabac. Toujours un petit mot bien senti pour faire rire les clientes et aussi les clients !

« Quel numéro » se dit Pélagie en ordonnant les piles de livres dérangés avant la fermeture. Madame Doulac ferme le rideau et s’avance à grands pas vers Léo.

« Monsieur Lessac, au vu du succès de cette journée, je vous propose de renouveler l’expérience la semaine prochaine et je m’arrangerai pour faire venir quelques journalistes, avec votre accord bien entendu.

– Oui, très bien, j’espère que ma chance n’aura pas tourné d’ici là ! On n’est pas tous les jours vendredi 13 !

– Quelle modestie, mais enfin ce succès est bien mérité ! Votre livre est d’une rare qualité vous savez.

–  Madame Doulac, je suis ravi par votre enthousiasme mais malheureusement j’ai passé l’âge de croire au Père Noël. »

François sort de son bureau avec une bouteille de champagne à la main.

« Mon cher Monsieur Lessac, Rome ne s’est pas faite en un jour. Tout vient à point à qui sait attendre. En attendant trinquons à cette première journée. » dit-il en débouchant la bouteille et en servant tout le monde dans des petites coupes de champagne.

 

Clément, Pélagie, Soïzic et Dorothée se regardent d’un air circonspect. Ils n’avaient jamais imaginé ce comptable soumis corps et âmes aux désirs de Madame Doulac dans un autre rôle que pâle ombre de sa compagne.

Elise avait rendez-vous avec Pélagie au métro à l’heure de fermeture de la librairie. Elle avait essayé de l’appeler plusieurs fois, mais Pélagie ne répondait pas et avait même raccroché à la dernière tentative. Elise, impatiente, avait remonté la rue pour venir chercher sa colocataire.

Elle aperçoit derrière la grille, Pélagie entourée de ses collègues et d’un très beau brun ténébreux. Devant le tableau convivial, presque familial, elle sent un pincement de jalousie au fond de son cœur. La douleur qu’elle ressent est semblable à celle d’une pointe qui lui remonte jusque dans la gorge. Elle étouffe un sanglot. Elle qui a présenté Pélagie à tous ses amis, se faire rejeter comme ça ! Elle, qui a été si gentille ! Pourquoi autant d’indifférence en retour ? Fini le rôle de la petite bretonne perdue à Paris. Elise s’en va, bien décidée à réfléchir à une petite vengeance.

 

 

6 commentaires

  • Bravo pour cet épisode qui est tout à fait dans l’esprit des autres! Je vote pour qu’il fasse partie de la série. La chute est inattendue !! Pourvu qu’Elise ne devienne pas la méchante de l’histoire !!

  • Bravo pour cet épisode très bien écrit et qui relance de nouvelles intrigues ! Vivement le prochain épisode !

  • Je trouve quand même que Mocaham devrait soigner son français, que diable !

  • Félicitations pour la narration très fluide et fournie! J’attends la vengeance d’Elise

  • Je vote pour Champagne le seul !!!!!! Bravo à la personne qui l’a écrit . La réaction d’Elise m’étonne un peu mais cela fait rebondir l’action . Pas trop d’amour tout de suite entre Pélagie et Léo , car cela serait la fin de la série ………………………….Ils se marièrent eurent beaucoup d’enfants et furent très heureux.

  • Merci pour cet épisode,et bravo! . j’aime bien la nouvelle Madame doulac et je crains le changement d’humeur d’élise qui me semble un peu soudain. Vivement la suite!

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