Episode 2 – Le destin frappe à la porte

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Après la fermeture de la librairie, Clément et Pélagie marchèrent ensemble quelques instants avant de se quitter, chacun prenant un chemin différent.

En se dirigeant toute seule vers le pub, où l’attendait Elise, Pélagie tenait toujours son portable à la main, hésitant entre appeler ce Léo qui l’intriguait tant ou laisser tomber. Curieuse comme elle l’était, elle opta pour l’option numéro 1. Elle sortit le bout de papier que lui avait tendu Clément au moment de la fermeture et composa le numéro de son homme mystérieux. A peine deux sonneries, il décrocha. Il guettait mon appel ou quoi ! pensa-t-elle avant d’articuler :

– Salut, c’est Pélagie de la librairie « Livres en série », c’est Clément qui m’a passé ton numéro.

– Ah ! wé ! Salut coquette ! Je pensais pas que t’allais m’appeler, mais avoue, j’ai bien fait de tenter le coup, n’est-ce pas ?

Il a sûrement un sourire narquois aux lèvres, pensa-t-elle.

– Cela dépend de ce que tu veux de moi ? dit Pélagie en s’adonnant à son petit jeu.

– Et si on en parlait autour d’un verre, qu’en dis-tu ?

 

Si j’accepte, il pensera que je meurs d’envie d’être avec lui, réfléchit-elle un instant. Mais tant pis, tant que j’arrive à percer son mystère !

– Allo ! T’es encore là ? prononça Léo, ce qui tira Pélagie de ses pensées.

– Ah ! désolée… Je veux dire, euh… Oui, je suis partante pour un verre, au pub O’Sullivan peut être ?

– Parfait ! Cela m’arrange très bien, t’es toujours à la librairie ?

– Non, justement, je suis à deux minutes d‘O’Sullivan.

– Ah parfait ! se réjouit-il, moi aussi j’y serai en 5 minutes.

– Génial ! A toute à l’heure, alors.

– D’accord, au revoir.

 

Dès qu’elle raccrocha, la vitrine lumineuse du pub lui apparut au bout de la rue. Elle lui reflétait sa propre image : elle avait une mine qui donnait envie de vomir, avec ses cheveux attachés en chignon n’importe comment, comme une grand-mère, et ses habits qui sortaient tout droit d’un dressing destiné à la poubelle. Elle avait la chance d’avoir une beauté naturelle, sinon, elle aurait pu faire peur au plus sage des passants.

Cette image d’elle, imprimée involontairement et temporairement sur la devanture du pub, lui rappela la réalité. Mais putain ! Qu’est-ce que je viens de faire ! Elise et sa bande de la soirée sont là ! Et si Léo se rend compte que c’est nous, enfin moi, la voisine de « Chuck Berry » ! Oh shit, je suis complètement cramée.

 

A l’intérieur du pub

Pélagie salua Elise est ses amis. Elle s’attabla avec eux. Ils n’étaient pas nombreux, et elle eut l’occasion de les contempler de plus près, car la nuit d’avant elle ne s’était pas trop intéressée à eux. Dès qu’elle commanda sa première bière, et l’approcha de ses lèvres, on poussa la porte d’entrée. Son sang se glaça dans ses veines lorsqu’elle aperçut Léo qui entrait avec Dorothée ! Ils viennent ensemble ou c’est juste une coïncidence s’ils ont poussé la porte en même temps ? pensa-t-elle, clouée dans sa chaise.

Pélagie essaya de se rendre invisible, en cachant son visage derrière la chaise vide de sa colocataire qui était partie se recoiffer aux toilettes, mais oups, trop tard ! Dorothée et Léo la remarquèrent et les voilà qui se dirigeaient vers elle.

 

– Salut, Pélagie ! Une jolie surprise, n’est-ce pas ? lâcha Dorothée, avec un sourire provoquant aux lèvres.

Ça se voit que t’as du mal à être gentille alors ne la joue pas salope ! pensa Pélagie, sans pour autant rien dire.

– Salut Dorothée, salut Léo, articula-t-elle enfin.

– J’espère que je ne t’ai pas fait attendre trop longtemps.

 

Pélagie s’apprêtait à lui dire qu’elle était ravie de le voir mais Dorothée l’interrompit d’un seul coup, comme si elle venait d’entendre une horreur.

– Oh ! Vous avez un rendez-vous !? C’est intéressant, dit-elle en les matant des yeux.

– Léo ! dit Elise stupéfaite. Qu’est-ce que tu fais là ? Et vous deux, vous vous connaissez ? ajouta-t-elle en désignant Léo et Pélagie du doigt.

– Ah ! Elise, tu es revenue, viens je te présente Léo, c’est un client régulier à la librairie et voici…

 

Léo l’interrompit :

– J’allais vous poser la même question à toutes les deux ! dit-il en regardant Elise, puis Pélagie.

Pélagie resta figée, ne sachant quoi dire ou comment réagir. Elle sentait ses joues rougir sous la chaleur, elle ne comprenait pas ce qui se passait et Dorothée ne perdait rien de la discussion.

– Léo, je te présente ma colocataire Pélagie. Pélagie je te présente mon demi-frère Léo, dit Elise un peu gênée par la situation.

– Colocataire ! s’étonna Léo en fronçant les sourcils et en fusillant Pélagie et Elise d’un regard plus tranchant qu’un couteau.

– Tu ne m’as jamais dit que t’avais un demi-frère, Elise ! s’écria Pélagie en se tournant vers sa colocataire, et en oubliant le regard de Léo qui l’avait mise si mal à l’aise quelques instants auparavant.

– Tu n’as jamais demandé, Pélagie ! s’emporta Elise soudainement. Elle prit son sac et sortit du pub.

 

Pélagie ne sachant pas ce qui avait poussé son amie à s’emporter ainsi, s’apprêtait à sortir pour la rejoindre, quand Léo la retint par le bras, en prenant un air un peu trop sérieux.

– Laisse-la partir ! C’est mieux ainsi, dit-il

– C’est mieux ainsi ? s’étonna Pélagie. Mais de quoi est-ce que tu parles ? Et pourquoi je dois la laisser partir ? Lâche-moi, Léo, cria-t-elle et, prenant son sac elle sortit rejoindre sa colocataire avec qui elle commençait enfin à s’entendre et à tisser des liens d’amitiés.

 

Le lendemain à la librairie « Livres en série » à 10h

– Une heure de retard ! Intéressant ! lâcha la patronne, les mains sur les hanches. Tu veux un café, peut être !? se moqua-t-elle de Pélagie.

Oui et bien chaud, s’il te plaît, pour te brûler la gueule avec, murmura Pélagie, de mauvaise humeur.

– Je te demande pardon ?

– Rien madame, c’est juste que j’avais un problème avec ma colocataire, ça ne se reproduira jamais, articula Pélagie péniblement.

– Tu n’as pas intérêt à ce que ça se reproduise, sinon tu te retrouveras à la rue, dit Doulac en tournant les talons vers son bureau.

– C’est parfaitement clair madame.

 

Avant que Pélagie puisse reprendre son souffle, Doulac l’interpella encore une fois, depuis son bureau.

– Eh ! Juste une petite remarque Pélagie.

– Oui madame.

– Ton colocataire, c’est à son demi-frère de s’occuper d’elle, pas à toi, dit-elle, narquoise, avec un clin d’œil.

 

Pélagie folle de rage, sentit le sang bouillir dans ses veines. Dorothée, salope, je vais te tuer, te couper en morceau et te jeter aux chiens les plus féroces.

Elle prit son courage à deux mains, et se dirigea vers Dorothée, prête à la piétiner, quand elle entendit le salut de Léo derrière elle.

– Que puis-je pour toi mon ami, dit Clément à l’intention de Léo.

– Cette fois je ne viens pas pour les livres, je veux voir Pélagie.

– Mmm ! Je vois ! dit Clément.

 

Léo ne semblait pas du tout dans son assiette, quelque chose le tracassait. Il avait les yeux gonflés, son caractère sarcastique et moqueur avait laissé place à un homme qui semblait porter tous les malheurs du monde sur ses épaules.

Pélagie surgit devant lui. Clément resta bouche bée devant les regards intrigants de ces deux inconnus ; des regards qui semblaient liés désormais par un sentiment plus fort que la peur.

– Léo ! Qu’est ce qui se passe ? Où est Elise ? Elle n’est pas rentrée hier soir.

– Je le sais. C’est pour ça que je suis là. J’ai besoin de ton aide.

– Mon aide ?

– Oui Pélagie. Elise est en danger. Son passé, qu’elle pensait enterré il y a longtemps, a refait surface, et c’est de ma faute. Viens, je dois te montrer quelque chose.

 

Pélagie regarda Clément comme si elle le suppliait de lui dire quoi faire. Devait-elle se fier à ce parfait inconnu et à sa colocataire qu’elle connaissait depuis si peu de temps !?

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